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Le matériel, facteur-clé de la performance

Publié le 29/11/2019 15:00

Le cyclisme professionnel d’aujourd’hui a atteint un tel niveau que chaque victoire se joue à quelques détails.

C’est pour cette raison que l’on voit tous les coureurs rester très proches de leur poids de forme tout au long de l’année, ne s’accordant généralement qu’une courte coupure fin octobre après les dernières courses pour reprendre le chemin de l’entrainement dès début novembre.

Tous les paramètres de la performance du cycliste sont ainsi optimisés : l’entrainement (qualité et quantité) donc mais aussi la nutrition, la récupération et un paramètre qui est devenu primordial en permettant de faire la différence : le matériel.

Vous avez probablement suivi notre saga World Tour Matériel 101 ainsi que de nombreux articles mettant en avant les acteurs de cette partie ô combien importante. Des « anecdotes » ressortent forcément dans les esprits, de cadres ou de composants maquillés parce que les objets – puisque c’est ainsi qu’il faut les voir – utilisés par les coureurs mais signés par les responsables de l’équipe, ne conviennent pas pour telle ou telle raison. Et elles sont nombreuses : il peut s’agir d’une question de confort quand, par exemple un coureur ne peut effectuer ses 35000 km annuels que sur un modèle de selle en particulier (mais ne correspondant pas à l’accord signé) ou de performance quand il s’agit de roues plus performantes.

A ce sujet, l’exemple 2019 le plus parlant vient certainement de l’équipe Ineos qui utilisait, après les avoir achetées, des roues de marque Lightweight sur le dernier Tour de France alors que leur équipementier roues est Shimano, marque qui a forcément fait un gros chèque pour voir son nom sur les vélos. S’il est évident que le fournisseur japonais a manifesté son mécontentement, les responsables de l’équipe ont probablement estimé que le gain attendu de l’usage d’un tel matériel valait bien de se brouiller avec Shimano.

 

nullL'équipe Ineos roule en Lighweight sur les étapes de montagne | © Team Ineos


Le cas de Rohann Dennis a de quoi interpeller également. Revenons à sa saison 2019 : après une très belle 2ème place sur le Tour de Suisse qui illustrait ses progrès en montagne lui le rouleur exceptionnel, il a abandonné pendant le Tour de France, non pas pour des raisons physiques mais pour un désaccord profond avec son équipe. Ce qui l’a conduit à être rayé du programme de toute course jusqu’à la fin de la saison… Championnats du Monde exceptés mais qui se courent par équipes nationales et non de marques. Toujours est-il que le coureur australien qui changera d’air en 2020 a emporté le Contre La Montre des Championnats du Monde sur un vélo… BMC et non Merida comme son sponsor l’exigeait et sur lequel il avait ses marques depuis le début de la saison. Difficile de ne pas voir de lien entre la grosse querelle née pendant le Tour de France et ces questions de matériel.

 

Les cas de stabilité du peloton

L’équipe Ineos a été évoquée ci-dessus mais pour cette équipe qui soigne jusqu’à l’obsession tous les facteurs de la performance, il est difficile de ne pas voir dans la stabilité du partenariat avec Pinarello un lien fort. En effet, dès les débuts de l’équipe (Sky à l’époque) en 2010 l’équipe a été équipée par le fabricant italien. 2020 sera donc la 11ème saison d’un partenariat qui a amené plusieurs déclinaisons du Dogma puis de la série F. Les retours d’information des coureurs auprès des personnes qui dessinent dans leur ensemble les cadres porte forcément ses fruits.

Equipe phare du peloton s’il en est, Deceuninck Quick Step utilise également les cadres Specialized depuis plusieurs années et la marque américaine est aujourd’hui jalousée par d’autres équipes pour la qualité des vélos fournis. Certaines mauvaises langues avaient pensé que le passage aux disques allait littéralement « freiner » (par perte d’aérodynamisme) les coureurs de l’équipe et pourtant, que ce soit en montagne, sur terrains vallonnés ou au sprint, les vélos Specialized, systématiquement à disques sur toutes les courses et pour tous les coureurs, ont brillé partout.

Une autre équipe se distingue par sa stabilité dans le partenariat et elle est française : Groupama-FDJ dont le partenariat avec Lapierre remonte à 2002. Ceci a abouti à faire évoluer dans la durée les cadres jusqu’à aujourd’hui et ceux-ci sont bel et bien développés en accord avec les besoins des professionnels, que ce soit pour les courses en ligne comme pour les Contre La Montre, la fameuse épreuve de vérité où le matériel intervient énormément dès lors que les coureurs de top niveau développent des puissances très proches.

 

Vuelta01Le vélo de l'équipe Groupama FDJ  | © Groupama FDJ


Les élèves qui peuvent mieux faire

A l’inverse des exemples cités plus haut, comment ne pas s’étonner du comportement d’une équipe comme AG2R La Mondiale dont l’encadrement tout comme le coureur vedette (Romain Bardet) ont clamé pendant des années haut et fort leur envie de gagner le Tour de France. Pourtant, depuis 2012 et son passage chez les professionnels, Romain Bardet a utilisé : Kuota, Focus, Factor puis enfin Eddy Merckx. Mais ce dernier partenariat reste totalement incongru puisque les coureurs 2019, sensés rouler sur le modèle 525 ne l’ont pas jugé suffisamment bon et se sont empressés de bricoler un Ridley Hélium de substitution dont on ne sait pas jusqu’à quel point il a satisfait ou non les coureurs au cours de l’année écoulée. Sans compter la valse des équipements en début de saison, qui a conduit tout le monde à basculer sur du « tout Shimano » quand la saison avait débuté sur un mix de composants, probablement profitable aux contrats mais pas à l’indexation. Quand on connait le degré d’exigence (et de recherche des mêmes gains marginaux qu’une certaine équipe Ineos) du leader de l’équipe ciel et terre, la tactique de ses dirigeants interpelle et une question reste posée : pourquoi l’équipe ne s’est-elle pas rapprochée d’une marque de cadres souhaitant répondre au cahier des charges de professionnels dont le but est de gagner la plus grande course du monde ? Quitte à s’allier à une structure relativement souple, permettant de changer ici la rigidité de la douille de direction ou là le confort lié aux haubans.

Pour autant, il est évident que la marque Eddy Merckx devait réagir, surtout sachant que ces péripéties ont été rapportées maintes fois sur les différents supports de presse et les réseaux sociaux. Ce genre de « publicité » est catastrophique pour une marque. Ses responsables jurent à présent que les modèles 2020 sont à la page, en « imposant » aussi les disques. Les coureurs ont découvert ce matériel à l’intersaison plutôt que de les faire évoluer sur la durée conjointement avec les professionnels comme le font certains de leurs concurrents cités dans le précédent paragraphe.

 

AG2R01Le vélo de AG2R La Mondiale | © AG2R La Mondiale

  

Chez Arkea Samsic, la question du matériel n’est pas limpide non plus. Warren Barguil, transfuge de Sunweb en 2018, roulait alors sur des vélos Look. Des bruits ont alors fuité : le vélo n’était pas conforme à ses exigences, au point qu’il avouait perdre de nombreux watts (pas moins de 25 selon l'intéressé à l'époque ce qui reste impossible à ce niveau de gamme) dans la bataille. Le coureur breton avait quitté Giant (qui l’équipait chez Sunweb), une marque qui est la tête d’affiche du magasin qu’il a ouvert chez lui à Hennebont. La tentation était certainement trop grande de proposer à Giant une véritable vitrine, de l’équipe professionnelle jusqu’au magasin de cycles. Mais, d’accord il n’y a pas eu. C’est finalement BH qui a emporté le contrat à partir du 1er juillet et donc du Tour de France, permettant aux coureurs d’Arkea de rouler sur les vélos de la marque espagnole. Mais dès le Dauphiné Libéré en juin il y avait eu un intermède sous forme d'un CDD avec des Argon 18 Gallium Pro, maquillés à la va-vite en… Look, contrat oblige. Pas facile de s’y retrouver. Toujours est-il que Warren Barguil n’a guère été plus performant en 2018 sur BH ou Argon 18 que sur les Look qui avaient été tant critiqués.

Mais sa 10ème place sur le Tour 2019 a redonné espoir au clan breton… juste avant que n’intervienne l’annonce d’un nouveau partenaire cycles : Canyon fournira les cadres en 2020. Comprenne qui pourra même si la qualité des cadres Canyon n’est pas ici remise en question.

 

AS01Arkea Samsic roulera sur Canyon en 2020 | © Arkea Samsic

 

 

Par Olivier Dulaurent

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